La cravache

Je lui dis « j’ai besoin de me faire défibriller » et c’est tout le romantisme dont je suis capable, ce matin avant de le retrouver le soir même. J’ai choisi une cravache, il a commandé la cravache, a joué avec une soirée. J’attends de rencontrer celle qui sera mienne. « Son cuir ne touchera que ta peau » il a promis. Et alors que je ne me suis jamais formalisée de ça pour tout le reste du matériel, le principe m’a touchée. C’est ma cravache. Celle qui nous lie. Entre son bras et mon cul ou n’importe quelle autre partie de mon corps.

Je l’ai attendu longtemps. J’ai arrêté de vouloir l’attendre dans une posture érotique, apprêtée, factice. J’étais épuisée, à bout de nerfs, je ne restais que deux heures, je le voulais lui et la cravache et puis c’est tout. C’était un désir furieux. J’étais assise dans le canapé, l’ordinateur sur les genoux, les lunettes sur le nez quand il a tourné la clé dans la serrure. « Tu n’as pas vu tes messages ? ». Merde. J’ai raté l’occasion de jouer le jeu. Il a eu l’air de penser que le moment était passé, j’ai été pressente. « Allez, on y va, maintenant ». Il a souri. M’a demandé de me deshabiller. A posé une serviette sur le canapé. J’ai demandé pourquoi « parce que je sais que tu vas mouiller fort ». Il sait pourtant que je n’aime pas ces gestes là, les trucs superflus quand on peut aller directement à l’essentiel, sa queue, ma bouche, la cravache, mon cul. Dans ma tête, j’ai pesté. De toute façon, son canapé il en est déjà recouvert de ma mouille. On arrête pas de dire qu’il faut le détacher mais aucun de nous deux ne s’y attèle. Comme si ça n’était pas grave. Parce que ce n’est pas grave. « Allonge toi sur le ventre » la serviette est un peu rêche sur ma peau, je ne tiens pas entière allongée dans le canapé, je ne suis pas vraiment bien installée, mais j’en ai envie si fort que je ne pense plus à tout ça. « Je vais te frapper 5 coups. Compte. » Les 5 premiers. La morsure est réelle. Je sais pourtant qu’il ne frappe pas fort. Il essaye des zones, je sens que je suis plus sensible à certains endroits, comme le pli des fesses et au niveau du sacrum, sur mon tatouage. « Ça fait de belles marques » Je me concentre pour compter à voix haute entre mes petits cris ridicules, mes ongles raclent le tissus du canapé, je serre le poing. À la nouvelle série de 5, je frappe l’accoudoir du poing. Encore 5. Je sais qu’il ne frappe pas si fort mais il a pris confiance et ma fierté en a pris un coup. C’est tout ce que je supporte ? Pour ce soir, oui. Après il y a sa queue dans ma bouche, et puis il m’installe sur lui. Je cherche mon plaisir avec sa queue pendant qu’il me cravache les seins. C’est mon point faible et il le sait.

Après coup, après les coups, je ne sens pas mes fesses chauffer comme après la ceinture. Je ne sens plus rien. La prochaine fois, je dirais « encore » et il lui faudra frapper plus fort.

Deux heures plus tard, j’éclatais en sanglots dans la gare. J’expulsais un peu de ça. Pas eu le temps de le faire dans ses bras. La prochaine fois..

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