La ceinture

Je ne crois pas avoir encore écrit sur la ceinture. C’est drôle puisqu’elle a fait partie de nos jeux depuis le départ, qu’elle a disparu un temps avant de revenir, parfois, au détour de ses envies ou des miennes. Je me souviens de nos premières conversations. Mise en place des modalités, des safe-words, des limites. J’ai dit « sans limites » ce qui était un aveu certain de mon manque d’imagination en la matière. Mais il a compris. Je n’avais jamais tâté de la ceinture avant. Quand il l’a sortie, la première fois, j’étais terrorisée. Pas de la douleur, non. Mais de ne pas être à la hauteur. Il a frappé et la sensation était très différente de ce que j’avais imaginé. Avec le recul, je n’en garde que la chaleur. Je pensais retenir le bruit, le cuir qui claque, l’air qui siffle. Toujours de dos, allongée, je n’ai jamais vu son bras prendre de l’élan. C’est juste différent. Je suis restée fière, je ne sais pas dire « non » juste « encore ». Jusqu’à en éclater en sanglots sur le canapé, mon corps et mon âme qui lâchent d’un coup, là, j’ai le souvenir d’un craquement. Pas une forte explosion, juste un petit fusible. Ou ces pétards qu’on jettent sur le sol en été. Clac et je deviens abstraction, après la chaleur cuisante, la douleur vive et l’humidité de mes larmes et de mon sexe. J’aime cette ceinture, le contact du cuir usé sous mes doigts me rassure. Elle est épaisse, solide, fiable. Jamais cruelle aussi. C’est son instrument. Et, j’en convaincue, le bon instrument. Je n’aurais plus jamais peur de la ceinture.

Quand nous avons commencé à discuter, il m’a orienté vers quelques mots clés et m’a dit de faire mes propres recherches. J’ai lu tout ce que j’ai trouvé, du journal de Natachienne (probablement écrit par Roger, 57 ans) aux textes obscurs sur la théorie en passant par de très inquiétants forums d’amateurs. J’ai cherché quelle soumise j’étais, où se plaçait mon curseur, quelles images j’avais en tête et ce que j’avais envie de partager. J’ai découvert que ça faisait partie de moi depuis plus longtemps que je ne voulais l’admettre. J’ai entamé une auto-psychanalyse sauvage et brutale. À coups de ceinture et de morsures et de mots. Pourtant parmi tout ce qui m’attirait et m’interpellait, deux notions en particulier m’ont hérissée. D’abord l’humiliation. J’y suis réfractaire et je doute qu’elle me fasse le moindre bien ou me procure le moindre plaisir. C’est ma limite. Certains diront peut-être que je ne suis pas une vraie, mais j’ai trouvé mon équilibre avec celui qui me soumet sans jamais m’humilier. Et puis, la possession. Les marques de possession. Il faut chercher ici dans mon histoire personnelle mais, sans verser dans l’absolu cliché, je ne peux appartenir à personne. Je porte des bracelets qui me lient à eux, qui m’accompagnent quand ils ne sont pas avec moi. Cela relève plus du doudou que de la marque de possession. J’ai lu des récits de sodomie à base de bouteille de soda (et dieu sait que c’est dangereux) mais j’ai été vraiment choquée par les colliers. Je ne prends le nom de personne, on ne m’attache rien autour du cou. C’était un non. Un non définitif et franc. Enfin, jusqu’à il y quelques jours.

La ceinture donc. Accessoire en lequel j’ai une absolue confiance, particulièrement quand il est au bout. Comme ça lui arrive parfois, il l’a ramenée dans le lit sans me prévenir. Une surprise. Toujours bonne. Quelques petits coups sur les fesses pendant que je le suçais. Et puis il a coulissé le cuir et resserré la boucle autour de mon cou. En laisse. Sa queue dans ma bouche. Le symbole. Et dans ma tête, un verrou qui saute. À ce moment, j’ai pleinement conscience que je porte autour du cou, ce symbole. Je me sens attachée, sa chose, la sienne, sans réserve. Pendant que je m’efforce au maximum de faire glisser sa queue au fond de ma gorge, la salive qui coule, comme il aime, je pense qu’il me tient en laisse et que la sensation du cuir, de la ceinture que j’aime tant, autour de mon cou est si agréable que je ne veut pas qu’il l’enlève. Jamais. « Montre-moi comme tu en as envie de cette queue ». Il tire, éloigne mon visage, je force et le cuir coulisse, m’étrangle. Je lutte, reprends sa queue en bouche. Il ne dit rien mais dans ma tête, je l’entends dire « Bien. » Ce « Bien » comme le « good girl » traditionnel et qui signifie que je n’ai pas failli et qu’il est fier de moi.

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