Première rencontre

Je ne devais pas être dans ce lit, ce soir là, avec cette fille. Mais son corps sublime était aussi doté d’une personnalité attachante et j’avais fait un caprice. Elle était donc nue contre moi et nous parlions depuis des heures quand elle a lâché cette information l’air de rien « oh, tu connais ce type ? Il fait des choses, tu sais… » Il ne m’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. Ce type, je ne le connaissais pas vraiment. Mais la photo qu’elle m’a montré ce soir là m’a définitivement donné envie d’en savoir plus. C’est drôle comme les histoires s’écrivent. J’ai pris le temps de digérer l’information, de voir si j’en avais vraiment envie. Comment dit-on à un type à qui on n’a pas parlé depuis des mois que l’on a vu une photo de lui, une photo sexy, et qu’on a donc subitement envie de le voir pour en parler ? J’ai prétexté un passage dans le quartier, j’ai proposé un café. Je ne me souviens plus trop de comment la discussion a dérapé. Ou plutôt de quand j’ai réussi à la faire déraper. Je voulais tellement fort qu’il m’en dise plus. Dominant c’était une idée, un concept. J’avais en tête des images violentes, du cuir, des extraits de film, des clichés. Rien qui ne ressemble à la vraie vie. Rien qui ne ressemble à lui. Ce type au demeurant très séduisant mais qui buvait son jus d’orange à la terrasse d’un café. Et puis il a commencé à en parler. Et son regard a changé. Il ne me touchait pas, il ne m’a pas touchée, mais l’air est devenu électrique. Nous parlions de ses pratiques avec le plus grand naturel et doucement la conversation s’est transformée. Nous ne parlions plus de lui mais nous parlions de moi. De ce dont j’avais envie, de ce que je voulais faire. J’ai été naïve, je crois, de penser que ce rendez-vous n’avait pour but que d’éteindre ma curiosité. C’était en réalité un rendez-vous préliminaire. Une étape. À la fin de ces heures de discussion, il était absurde de faire comme si nous ne voyions pas que la suite allait être évidente. Et pourtant nous avons continué à jouer. Lui son rôle et moi le mien. Il n’y a pas eu de contact, tout est resté léger. Juste deux connaissances qui discutent à la terrasse d’un café. Quand il s’est levé, j’ai réalisé combien il était grand. Ou combien il me paraissait grand maintenant. Impressionnant, enveloppant. Il ne faisait rien, il est resté près de moi, a marché près de moi jusqu’à ce que nous soyons obligés de nous séparer. Nous avions étiré le temps au maximum, maintenant je me retrouvais seule et je ne pensais qu’à ses mains et à sa ceinture.
La veille encore cette idée ne m’avait pas effleuré l’esprit et là elle était bien présente au creux de mon ventre. Je voulais qu’il me fasse découvrir son univers, je voulais qu’il me frappe, je voulais qu’il me fasse mal et jouir en même temps. La suite s’est déroulée virtuellement. Il y a eu les règles d’abord, la théorie à apprendre avant de passer à la pratique. J’ai lu tout ce que j’ai pu. Et puis il m’a expliqué, avec beaucoup de patience et de pédagogie. C’était comme un jeu, mais un jeu très sérieux. Il ne voulait pas me faire peur, il ne voulait que mon plaisir. Et c’était étrange de mettre des mots, pour la première fois, sur des désirs qui avaient fait partie de mon imaginaire depuis des années. Presque, ils étaient enfouis. Ces semaines de discussion, ça a été comme une épreuve et comme une psychanalyse. Pour la première fois, j’ai été obligée sexuellement de me demander qui j’étais et de mettre des mots. Rien ne le surprenait et moi, j’étais encouragée à aller plus loin toujours plus loin. Et puis, quand le désir est devenu trop fort, il y a eu le rendez-vous.

C’était compliqué, le rendez-vous. Il fallait un lieu où nous pouvions passer des heures. Un lieu de bois et de cuir et d’obscurité parce que c’était mon désir. J’ai trouvé un appartement. Je me souviens parfaitement de toutes les questions à ce moment là. Comment je m’habille, comment je me maquille, est-ce que je dois mettre de la musique ? J’ai enfilé une robe chemise que j’aimais, des talons pour m’amincir et j’ai porté mon plus beau rouge à lèvres. Quelques minutes avant son arrivée, je faisais les cent pas dans le petit deux-pièces en envoyant des messages terrorisés à mon amie (celle qui me servait de sécurité et à qui j’avais confié tous les détails de cette aventure). J’étais en retard, je me souviens. Et j’étais échevelée. Pas prête, stressée. Est-ce qu’on est vraiment prête pour ça ? La vérité c’est que si je connaissais les détails, les éléments du scénario que nous avions élaboré ensemble, je n’avais aucune idée de ce qui allait réellement se passer dans ma tête et dans mon corps. Est-ce que j’allais être excitée ou est-ce que j’allais me décomposer ? Est-ce que j’allais savoir encaisser les coups ? Est-ce que j’allais être à la hauteur de celui qui était clairement expérimenté ? Très vite, ces questions se sont évaporées. Elles se sont évaporées sous l’adrénaline comme mon rouge a disparu de mes lèvres. Comme un big bang, j’ai eu une sensation de temps qui se resserre avant de se diluer dans l’air. Nous nous sommes vus quelques heures, j’ai l’impression d’avoir passé des jours dans cet appartement. Quand il est finalement parti, j’ai éclaté en sanglots avant de traverser en titubant les quelques mètres qui séparaient la chambre de la salle de bain. Je me tenais aux meubles. Mon destin était scellé : des rendez-vous, maintenant, il allait y en avoir d’autres.

Je ne sais pas comment raconter ce qu’il s’est vraiment passé. La ceinture, les coups, le sexe violent, la paire de ciseaux, les cris, les larmes, les orgasmes aussi. J’ai des images en tête très précises, des sensations vivaces, même des mois après. J’ai le souvenir que c’était plus fort que nous. Quand je criais grâce, il ne me fallait pas plus que quelques minutes pour recommencer, reprendre un jeu, un autre, essayer une autre position, un autre plaisir. Nos corps se sont trouvés, tout de suite et ce type que j’avais vu deux fois, dont j’oubliais le prénom perpétuellement, j’ai eu le sentiment tout de suite de lui appartenir. Je ne sais pas comment il a fait ça et je ne le sais toujours pas. Mais, alors que nous étions seuls au monde dans l’appartement, j’étais à lui. Toute entière à lui. Terrassée par le plaisir et ces sensations nouvelles. Par l’audace aussi. C’est cette audace que j’ai eu le plus de mal à appréhender. Cette sensation de limites sans cesse repoussées, de complexes effacés, d’années de sexe tiède balayées du revers de la main. Oui, j’avais eu mes moments bien avant ça. Mais pas comme ça. Ce jour là, j’ai eu le sentiment de me rencontrer. Et cette révélation a été un choc aussi délicieux que terrifiant.

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